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« Sur les courses de plus de 48 heures, le mental représente 80 % de la performance »

Posted on 23 June 2026

TRAIL – Sébastien Raichon détaille sa relation avec le mental et explique comment il l’utilise pour aller au bout de ses courses et de ses défis off.

Vainqueur de la Winter Spine Race et auteur de trois tours lors de la Barkley en début d’année, Sébastien Raichon est depuis longtemps adepte des efforts de très longue durée. Vainqueur du Tor des Glaciers en 2023 et 2025, deuxième de la SwissPeaks 660 en 2024, premier finisher de la Chartreuse Terminorum, sans parler de ses records sur les sentiers de grande randonnée à travers la France et de ses courses en raid aventure.

S’il reconnaît avoir « un mental d’acier » lui permettant d’aller chercher toutes ses victoires, il avoue n’avoir « jamais eu de suivi en préparation mentale ». À l’occasion de la sortie de son livre Sur les chemins de l’aventure (Éditions Solar), dans lequel il revient sur plusieurs de ses exploits, avec une analyse de son ami et préparateur mental Renaud Fulconis sur les mécanismes psychologiques nécessaires pour les accomplir, nous avons voulu entrer dans sa tête.


Vous avez rencontré Renaud Fulconis en 2023. Aviez-vous conscience de l’importance du mental avant ?

Complètement, et je savais que c’était mon point fort. Je n’ai pas des qualités physiologiques de dingue, j’ai une petite VO2 max, donc je sais très bien que j’ai essentiellement construit mon palmarès sur mon mental ainsi que sur ma faculté à continuer à avancer dans la difficulté et à ne jamais m’arrêter. Depuis 2009, je suis le capitaine de mon équipe sur des raids aventure extrêmes de plusieurs jours, donc les notions de leadership et de management, je les ai acquises au fil des courses. J’ai toujours dit à mes équipiers qu’il fallait être super forts mentalement, car c’était le secret. Je ne néglige pas la préparation physique, mais ce qui fait la différence entre deux athlètes de haut niveau, c’est le mental.

Quand en avez-vous pris conscience ?

Je l’ai remarqué sur des raids en équipe notamment. Tout allait mal, mais on s’accrochait et on restait solidaires, ce qui nous permettait de l’emporter. Mais en individuel, cela a été lors de ma première traversée des Alpes en six jours en 2020. Le circuit mondial de raid avait été arrêté à cause du Covid, et je me suis lancé à l’improviste, sans réelle préparation ni matériel adapté. J’ai eu des ampoules au bout de 24 heures alors qu’il me restait encore 500 kilomètres à parcourir. À partir de là, j’ai fait 500 kilomètres au mental, en dépassant la douleur parce que je prenais un vrai plaisir à découvrir les paysages, la faune et tout ce qui m’entourait.

Qu’a changé la rencontre avec Renaud Fulconis ?

Foncièrement, pas grand-chose. Renaud m’a contacté car il menait des études sur des sportifs de haut niveau spécialisés dans l’extrême endurance et voulait me faire passer des tests pour comprendre mon fonctionnement. Ça a été génial parce que les résultats de ces analyses mettaient des mots sur une façon de fonctionner qui, jusque-là, était inconsciente. Pour autant, je ne peux pas dire que cela m’ait permis d’améliorer mes performances, car je n’ai pas suivi de coaching mental avec lui. Ma vie est trop remplie et je cours déjà après le temps (rires). Je n’avais ni le temps ni l’intérêt de me lancer dans une préparation mentale structurée. C’est quelque chose qui est inné chez moi et que j’ai développé de manière empirique.


Quelle serait votre plus grande qualité mentale ?

Je pense que c’est le fait de toujours trouver la clé et la solution aux problèmes présents. Cette capacité d’adaptation permanente face aux éléments que je rencontre, qu’il s’agisse du physique, de la météo, de mes équipiers ou de mes adversaires. J’ai tellement vécu de situations difficiles au fil des années que j’arrive toujours à trouver une solution. Je ne vais jamais m’arrêter. Pour moi, une course, c’est comme une énigme et j’adore ce jeu qui consiste à trouver les réponses à une situation qui évolue constamment jusqu’à l’arrivée.


Sur ces courses d’ultra-distance, où l’on peut aussi citer la Chartreuse Terminorum ou le Tor des Glaciers, quelle est la part du mental ?

Je dirais que sur des courses qui dépassent les 24 heures d’effort, on monte à 60 % de mental. Et à partir de 48 heures de course, c’est au minimum 80 % dans la tête. Plus c’est long, plus le mental devient déterminant.

Ce mental est-il plus important en course officielle ou sur des défis off ?

Je pense qu’il est tout aussi important. La seule différence sur une sortie off, c’est qu’il n’y a ni dossard ni adversaires comme moteur de motivation. Il n’y a pas non plus de bénévoles sur une base de vie pour te rebooster. Donc sur un FKT, dans ces moments-là, c’est encore plus prégnant. Il n’y a que toi et ton objectif de départ, ton pourquoi. Et il faut s’y accrocher.

Sur quel effort avez-vous dû aller chercher le plus loin mentalement ?

Possiblement sur la Winter Spine Race. Quand j’ai descendu le dernier col, il y avait une équipe qui me filmait. Je me souviens avoir vu Victor, le caméraman, juste avant l’arrivée. Je m’arrête, je m’appuie sur mes bâtons et je hurle. C’était un cri de soulagement pour dire : « Ça y est, je suis sorti de l’enfer. Je peux aller franchir la ligne et gagner cette course. » C’était extrêmement puissant. Je venais de passer une quatrième nuit dans la tempête sans pouvoir dormir, avec de la neige et des rafales à 100 km/h. Il y a aussi mon Tor des Glaciers 2025. J’ai connu des problèmes respiratoires pendant cinq jours et j’ai dû puiser très profondément en moi.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite progresser mentalement ?

Il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur un préparateur mental. Certains mettent tout en œuvre pour réussir et investissent dans du matériel très coûteux. Mais si on sent qu’on a des fragilités mentales, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner. Un professionnel peut, en quelques séances, donner des clés très utiles pour progresser. Cela ne nécessite pas forcément un accompagnement long et cela peut être extrêmement bénéfique.

Et si, comme vous, on ne souhaite pas se faire accompagner ?

Il faut simplement avoir conscience, avant une course, qu’il y aura des problèmes à gérer et se dire que cela va être amusant de trouver les solutions. Il faut accepter de ralentir si nécessaire, mais continuer à avancer. S’il fait mauvais, ce n’est pas grave : dans mon sac, j’ai de quoi me couvrir. Si je ne peux plus atteindre mon objectif chronométrique, je me fixe un objectif secondaire, puis tertiaire, voire simplement celui de terminer. Il ne faut jamais oublier que l’on est sur une ligne de départ avant tout pour franchir une ligne d’arrivée. Le classement ou le chrono viennent ensuite.

Quels sont les prochains moments où vous allez devoir puiser dans votre mental ?

J’ai la traversée des Pyrénées fin juin. Ensuite, je serai présent sur la semaine de l’UTMB fin août où je prendrai le départ de la PTL avec Nicolas Lehmann. Enfin, je vais retrouver mes premiers amours avec les Championnats du monde de raid aventure en Corse début octobre. Ce sera un immense rendez-vous avec une centaine d’équipes internationales sur ce qui est probablement l’un des plus beaux terrains de jeu du raid aventure au monde.


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